Depuis que l'Homme sait écrire, il a cherché à dissimuler les informations importantes et confidentielles à l'aide de chiffres et de codes. Découvrons les débuts de l'histoire de la cryptographie, durant l'antiquité, notamment certaines méthodes utilisées par les grecs et les romains.
Qu'est-ce que la cryptographie ?
Avant de remonter le temps, commençons par une courte définition de la cryptographie.
La cryptographie est l'art et la science de transformer un message clair en un message incompréhensible pour toute personne non autorisée à le lire, afin d'en garantir la confidentialité, l'intégrité et l'authenticité, tout en permettant sa lecture par le destinataire légitime, qui dispose de la clé de déchiffrement appropriée.
Les balbutiements de la cryptographie en Mésopotamie et en Égypte
La plus ancienne forme de cryptographie connue remonterait soit à l'Égypte antique, soit aux civilisations Mésopotamiennes, au moins 1500 ans avant notre ère. L'époque et la région du monde font débat chez les historiens mais le principe semble similaire.
En Mésopotamie, des signes cunéiformes inhabituels étaient gravés dans des tablettes d'argile afin de protéger certains secrets de fabrication (poteries, émaux) ou des techniques commerciales.
En Égypte, les scribes modifiaient des hiéroglyphes afin de rendre obscure le sens de certaines inscriptions monumentales.
Mais c'est à partir de l'invention de langues alphabétiques que l'usage de la cryptographie devient intéressante dans notre contexte d'amateurs d'énigmes.
La cryptographie dans la Grèce et la Rome antiques
C'est avec les civilisations grecques et les romaines que la cryptographie devient un atout stratégique et militaire. La nécessité de communiquer des ordres sans être intercepté par l'ennemi a conduit au développement de méthodes de chiffrement structurées, qui ont posé les bases de la cryptanalyse moderne.
Penchons-nous sur les trois méthodes les plus connues.
La Scytale spartiate
Utilisée par les spartiates dès le 5e siècle avant notre ère, la scytale est l'un des premiers dispositifs de transposition, aussi connu sous le nom de Bâton de Plutarque.
Il s'agit d'un objet cylindrique, souvent un bâton, autour duquel on enroule une bande de cuir ou de parchemin. Le message est inscrit, dans le sens normal d'écriture, le long du support. Une fois la bande retirée du cylindre et déroulée, les lettres apparaissent dans un ordre chaotique et le message devient incompréhensible.
Pour le lire, le destinataire doit posséder un cylindre exactement du même diamètre que celui qui a servi à la rédaction, afin de réaligner les lettres correctement. Ici, la clé de déchiffrement est donc un objet.
Les enfants peuvent expérimenter la scytale dans la chasse au trésor du Capitaine Moustache frondeuse.
Le chiffre de Polybe
Développé par l'historien et mathématicien grec Polybe vers le 2e siècle avant notre ère, ce système introduit la substitution par coordonnées.
On l'appelle aussi Carré de Polybe, car il utilise une grille de 5x5 cases contenant les lettres de l'alphabet ; avec notre alphabet latin de 26 lettres, le I et le J sont souvent fusionnés pour obtenir 25 cases.
Chaque lettre est remplacée par une paire de chiffres indiquant sa ligne et sa colonne. Par exemple, un "A" devient "11" et un "Z" devient "55".
Cette méthode avait l'avantage de pouvoir être transmise visuellement, par des signaux lumineux émis en allumant des torches. L'ancêtre de nos sémaphores, en quelque sorte.
Une idée révolutionnaire pour l'époque car elle permettait de transmettre du texte sur une longue distance.
Je vous propose de vous exercer en résolvant l'énigme ci-dessous, une variante du Chiffre de Polybe, concoctée pour vous, par mes soins 😊
Comptes d’apothicaire
Vous travaillez depuis peu de temps dans la boutique d’un apothicaire.
Aujourd’hui, une cliente vient vous demander de lui donner « La même chose que la dernière fois » en vous tendant une étiquette sur laquelle est inscrit un code chiffré :
31 42 22 15 51
Vous soupirez en vous retirant dans l’arrière-boutique car l’apothicaire a une façon bien à lui de codifier son inventaire et vous savez par avance que déchiffrer cette étiquette va vous donner la migraine...Vous relisez la note de l’apothicaire...
Elles ne sont plus que 25 dans le carré des simples car j'ai retiré celle qui était le double de la précédente.
Maintenant qu'elles sont bien rangées, de 1 à 5, en abscisses et en ordonnées, chaque plante peut être identifiée.
Quelle plante peut bien vouloir cette cliente ?
La note de l’apothicaire indique qu'il faut retirer «celle qui était le double de la précédente», soit la lettre W(double V), il ne reste plus que 25 lettres qu’il faut ranger dans un carré de cette façon :
0 • 1 • 2 • 3 • 4 • 5
1 • A • B • C • D • E
2 • F • G • H • I • J
3 • K • L • M • N • O
4 • P • Q • R • S • T
5 • U • V • X • Y • Z
Vous pouvez maintenant décoder l’étiquette chiffrée en associant chaquepaire de chiffres aux abscisses et ordonnées du tableau.
En toute discrétion, votre cliente vient vous acheter de la CIGUË. Oups...
Le code de César
Sans doute la plus célèbre méthode de chiffrement, elle fut utilisée par Jules César lui-même pour correspondre avec ses généraux.
Il s'agit d'une roue permettant un décalage simple de l'alphabet. Chaque lettre du message original est remplacée par une autre lettre de l'alphabet. La clé consiste à connaître le décalage opéré : A devient D, B devient G...
Bien que rudimentaire et vulnérable à une analyse fréquentielle (étude de la répétition des lettres), ce système était efficace en temps de guerre, où l'important était d'agir rapidement. Le code César ne servait pas à protéger des secrets d'état mais garantir une confidentialité temporaire face à des ennemis qui soit n'avaient pas la capacité à lire un texte latin, soit n'avaient pas le temps d'analyser le code.
La roue de César est mécanisme toujours satisfaisant à utiliser pour des enfants, c'est pourquoi nous le retrouvons, avec d'autres types d'énigmes, dans l'Escape Game dans la Forêt Enchantée.
Dans un prochain article, nous explorerons la cryptographie au Moyen Âge. D'ici-là, vous pouvez vous amuser à décoder d'autres messages secrets sur votre Espace Abonnés, et même télécharger des extraits des jeux cités dans cet article.
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Connaissiez-vous déjà ces trois codes de l'antiquité ? En connaissez-vous d'autres ?



